Gommer et exfolier, beaucoup emploient les deux mots comme des synonymes. Sur l’étiquette d’un soin, ils décrivent pourtant deux gestes qui n’agissent pas de la même façon sur la peau, et confondre l’un avec l’autre peut fatiguer une peau déjà sollicitée par l’effort.
Le gommage, un geste mécanique
Un gommage classique repose sur des grains : noyaux broyés, sucre, sel fin ou billes de cellulose mélangés à une base crémeuse. On l’applique et on masse, et ce sont les particules elles-mêmes qui soulèvent les cellules mortes à la surface de l’épiderme. L’action est immédiate, visible, et dépend entièrement de la pression de la main : trop appuyer sur une peau fine ou irritée revient à créer de micro-lésions plutôt qu’à la nettoyer.
C’est un geste ponctuel plus qu’une habitude quotidienne. Sur le visage, la plupart des peaux n’en ont besoin qu’une à deux fois par semaine ; sur le corps, notamment sur les zones plus épaisses comme les coudes ou les pieds, la fréquence peut être un peu plus élevée sans que cela change la nature du geste.
L’exfoliant, une réaction chimique douce
L’exfoliant, lui, ne frotte rien. Il s’agit d’un soin à base d’acides — le plus souvent de l’acide glycolique ou de l’acide lactique (les AHA, pour alpha-hydroxyacides) ou de l’acide salicylique (un BHA) — qui dissout en douceur les liaisons entre les cellules mortes, sans action physique. La peau se renouvelle sans qu’on ait besoin d’y passer la main : on applique, on laisse agir, et c’est la chimie qui travaille.
Il existe une troisième famille, moins connue : les exfoliants enzymatiques, à base de papaïne (extraite de la papaye) ou de bromélaïne (extraite de l’ananas). Ces enzymes digèrent les protéines de kératine en surface, sans acide ni grain, ce qui en fait souvent l’option la plus douce des trois — utile sur une peau qui vient de subir un coup de soleil ou une irritation, quand ni le gommage ni l’acide ne conviennent.
Cette douceur apparente ne veut pas dire innocuité. Une concentration mal choisie ou une application trop fréquente peut fragiliser la barrière cutanée, surtout si elle est déjà mise à l’épreuve par la transpiration et les frottements répétés d’une activité physique régulière.
Sur l’étiquette, la distinction se lit dans la liste des ingrédients : la présence de micro-grains, de noyaux broyés ou de sucre signale un gommage ; celle d’un acide se terminant en « -ique » — glycolique, lactique, salicylique — ou d’une enzyme comme la papaïne signale un exfoliant. Ce repère simple évite de se fier au seul mot inscrit en gros sur le flacon, parfois utilisé de façon interchangeable d’une marque à l’autre.
Lequel choisir, et à quel rythme
Il n’y a pas de hiérarchie entre les deux, seulement des usages différents. Le gommage convient à une peau épaisse, qu’on veut adoucir ponctuellement ; l’exfoliant chimique s’adresse davantage à une peau qui a besoin d’un entretien régulier et mesuré, sans geste mécanique supplémentaire.
Deux précautions valent pour les deux gestes : ne jamais les utiliser sur une peau qui présente des boutons infectés, des coupures ou des irritations actives, et toujours protéger la peau exfoliée du soleil dans les heures qui suivent, les acides la rendant plus sensible aux rayons UV. L’Anses rappelle régulièrement l’importance de respecter les concentrations et les usages indiqués sur l’étiquette des produits cosmétiques, quel que soit le type de peau.
Pour les mains, sollicitées par les bandages et les gants lors d’une séance, la prudence va plutôt vers le gommage doux et espacé : la peau y est déjà mise à l’épreuve par le grammage du gant et la chaleur, pas besoin d’y ajouter un acide mal dosé. Et comme souvent dans la salle de bain, le geste le plus utile n’est pas le plus appuyé, mais celui qu’on répète sans excès, à l’image d’une reprise sportive qu’on construit par paliers plutôt que par à-coups.




