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The Fighting Kit

Home / Interviews / ITW n°125 : Frédérique – K fighteuse du sein
Témoignage d'une combattante d'un cancer du sein

Commençons !

 

Qui es tu ?

Prénom: Frédérique

Age : 48 ans

Profession: Juriste

Ou vis-tu ? Hong Kong, après Londres, Tokyo et Paris

 

Pourquoi acceptes-tu de partager ton histoire aujourd’hui ?

Réponse :

  • Parce ce que tout le monde a une copine, un ami, une mère, un père, une sœur, un oncle, une grand-mère, un grand-oncle et même un chien qui a rencontré un K, sous une forme ou une autre, sur son chemin. Mais en même temps, le K isole, physiquement et psychologiquement, alors en témoignant on partage et ensemble on est plus forts/fortes, on a moins peur, et la colère qu’on peut avoir en soi peut enfin se calmer, pour un moment au moins.
  • Parce que c’est important de parler librement et sans carré blanc de cette saloperie de K, de dire les choses telles qu’on les ressent et que peut-être un ou une autre trouvera du réconfort dans nos mots et, qui sait, en sourira même.
  • Parce que le K fait peur et en même temps appelle la sympathie et que les gens bien intentionnés se prennent souvent les pieds dans le tapis et nous renvoient leurs propres angoisses en pleine figure et parfois en plein cœur.
  • Parce que je suis la hantise des K-fighteurs, en rémission et hop rechute au bout de 2 ans et demi.
  • Parce que même si j’en ai plus qu’assez de ce K et de la bataille que je mène contre lui (never give up), je ne me suis jamais sentie aussi vivante, vibrante, libre et je crois pouvoir dire aussi heureuse qu’aujourd’hui. A cause du K (ou peut-être, soyons audacieuse, grâce au K), j’ai fait la paix avec moi-même (j’ai encore quelques comptes à régler mais je sais que je tiens le bon bout).
  • Parce que je vis à l’étranger et que même si les protocoles sont très internationalisés aujourd’hui l’approche médicale est forcément différente et parfois étonnante.
  • Parce que j’ai des ami(e)s fantastiques, un mari au poil et des enfants géniaux (mais pas toujours sages) qui traversent cette épreuve et affrontent le K avec moi, bon an mal an, et c’est pas facile tous les jours, ni pour eux, ni pour moi !

 

Quelles sont tes qualités ?

Réponse : Je pense être intègre, organisée, loyale, fidèle, curieuse, optimiste, positive, persistante, créative, accueillante, à l’écoute, généreuse et avoir un peu d’humour.

 

Quelles sont tes passions ?

Réponse : Ma garde-robe (surtout ce qu’il y a dedans et que j’alimente régulièrement), rire, manger (et cuisiner), boire (du champagne par exemple), lire, le café, mes enfants et mon homme, faire la fête ou simplement discuter avec ceux que j’aime (et seulement eux), VIVRE !

 

Quel K (quel cancer -grade si tu le souhaites / stade idem)  :

Réponse : Cancer du sein avec plus de 20 tumeurs cancéreuses dans le sein gauche, grade 1 à 3, bien servie, suivi d’une rechute dans les ganglions lymphatiques de l’aisselle gauche.

 

Quand a-t-il été découvert ? Quel âge avais tu ?

Réponse : Juste 46 ans et puis… 48 ans

 

Dans quelles circonstances a-t-il été découvert ?

Réponse : Ma résolution pour la nouvelle année 2014 – faire un check up (ca faisait longtemps que c’était sur ma do to list…), ravivée aussi par une douleur récente extrêmement précise, non diffuse, et “pointue” sur la partie externe du sein gauche (genre une pointe de compas)…

Et pour la suite… retour de la piqure à la pointe de compas (la même) sous l’aisselle. Mon oncologue m’a rétorqué: “les douleurs ça fait partie de la vie après le cancer”. Merci docteur. Mon chirurgien (qui fait le suivi écho, etc.) m’a tenu un discours similaire mais à l’écho a décidé de procéder à une biopsie… qui s’est avérée être positive. Parfois s’écouter ça a du bon.

 

Si tu es en cours de traitement, ou en rémission (depuis combien de temps ?)

Réponse :

  • Rémission: Mai 2014
  • Rechute: Avril 2016

 

Peux-tu nous résumer ton histoire de K-fighteuse ?

Réponse : Ayant des antécédents familiaux un peu lourds, je me faisais suivre régulièrement mais j’avais loupé ma dernière mammo. En fait quand je suis arrivée au centre de radio, la machine était en panne. Moi pas très patiente, je me suis énervée, leur ai reproché de ne pas m’avoir prévenue et qu’accessoirement j’avais d’autres choses à faire. Et quand ils m’ont rappelée la semaine suivante pour m’inviter à une mammo party… et bien, je n’y suis pas allée. C’est con mais c’est comme ça.

Quant à la rechute, c’est pas de chance non plus… les médecins sont d’avis que la première chimio et l’hormonothérapie n’ont pas eu les effets escomptés. Il parait que ça arrive et on ne peut pas le savoir à l’avance. Re-c’est con mais c’est comme ça.

Mais j’ai quand même beaucoup de chance parce que cette force dont tout le monde parle (surtout ceux qui ne savent pas), celle qu’il faut soit disant avoir pour se lancer dans un K-fight et s’en relever, et bien je l’ai et je l’ai toujours eu. Evidemment j’ai des hauts et des bas, les semaines de chimio je rentre dans mon terrier pour n’en ressortir que quand je le décide. Je ne me force pas, je ne suis pas un héros (juste une superwoman !), mais je crois en moi, je crois dur comme fer que je ne vais pas tirer ma révérence comme ça, que j’ai encore plein de choses à faire, des tas de territoires à découvrir, des émotions à explorer et que je vais m’en sortir.

 

Quels traitement as-tu eu ?

Chimiothérapie: nom des cocktails / nombre de séances

  • 4 cycles la première fois (Taxol, Cytoxan et un troisième adjuvant)
  • 6 cycles cette fois ci, je viens de recevoir la 5eme chimio (Epirubicin, Cyclophosphamide et 5-Fluorouracil)

Radiothérapie: nombre de séances

  • C’est au menu (tomographie, 3 points, 25 séances), après la chimio (je n’en n’ai pas eu la première fois)

Opérations: combien de temps d’hospitalisation

  • Double mastectomie (à cause des risques d’extension au sein droit) avec reconstruction immédiate par pose de prothèses en janvier 2014, tout ça chez moi à Hong Kong (reconstruction ratée d’ailleurs, ils ne sont pas très doués pour ça ici, je suis ressortie genre Barbie!) – 5 jours d’hospitalisation
  • Changement d’implants et reconstruction en octobre 2015 (à Paris cette fois ci et par une femme chirurgien, au moins elle te fait les seins qu’elle veut pas ceux qu’elle veut mater) – 2 jours d’hospitalisation
  • Ablation des ganglions lymphatiques axillaires et un peu plus en avril 2016, toujours à Hong Kong – 4 jours d’hospitalisation
  • Pose d’un Port-a-Cath (PAC) en mai 2016 – hospitalisation de jour

Autre:

  • Hormonothérapie: tamoxifen (anti-oestrogenes) pendant 2 ans la première fois, et cette fois ci, anti-aromatases pendant 5 ans après les traitements (ce qui nécessitera une mise en ménopause certaine, donc ovariectomie ou piqures régulières a prévoir)

 

Quelles astuces en lien direct avec le K as-tu envie de partager (ton feeling avec médecin, tes bons plans d’organisation traitement, tout ce qui te semble utile ;)) ?

1/ Chimio (ex: tes astuces, le casque, tes affinités avec les infirmières):

Réponse: Je reçois la chimio dans le cabinet de mon oncologue. Pas d’hôpital, pas de salle commune, juste une petite pièce pour moi et mon homme qui m’a accompagnée à toutes mes séances. Pour moi c’est une chance, mais c’est très personnel. Au début on arrivait chargés : nourriture, magazines, ordi, etc. et petit à petit on s’est allégé ! Cette deuxième chimio est assez rapide à administrer, c’est fait en moins de 2 heures (la première prenait parfois jusqu’à 4 heures) et avec le port-a-cath, c’est simple et facile, sans risque de fuite (la recherche de la « bonne » veine cachée m’a épuisée la première fois) ! Je prends des photos à chaque séance, je me mets en position d’attaque, poings serrés, histoire de faire la peau á ce vilain K et lui montrer qui de nous deux est le plus fort. Surtout j’essaie « d’accueillir » la chimio, je me tiens droite et je me représente le liquide (surtout celui surnommé le diable rouge) couler dans mes veines et attaquer férocement les cellules cancéreuses pour m’en débarrasser pour de bon…

Pas de casque anti-chute de cheveux ici, on ne me l’a jamais proposé et je ne l’ai jamais demandé. J’ai donc perdu mes cheveux entre la première et la deuxième séance, les deux fois. Un choc évidemment.

Comment vivais tu  la veille, le jour même, les jours d’après chimio ? et quelles étaient tes astuces ?

Réponse: La veille, j’essaie de me faire plaisir, de passer une bonne journée, de manger quelque chose de très très bon. Je fais mes séances de chimio le lundi matin, du coup je profite du dimanche pour me relaxer… ou pas, tant que je profite de la journée, j’y vais.

Ce cocktail de chimio me rend groggy immédiatement. Déjeuner léger après la séance, plutôt quelque chose de cru et végétarien (bio si possible) et hop, au lit… Jusqu’au dimanche. Sérieusement. Le jour le plus difficile est en général le 3eme ou le 4eme suivant la séance. J’essaie de ne pas lutter et de dormir autant que possible. Je bois beaucoup d’eau, parfois infusée avec des feuilles de menthe, j’essaie de manger des fruits juteux (dernièrement de la pastèque) et de fractionner mes repas. Je n’ai pas beaucoup d’appétit alors je prends des petites portions un peu plus souvent. En revanche, grosse frustration cote lecture… je pensais passer ma semaine post chimio à lire lire lire, et franchement à part un magazine de temps en temps (et encore, je regarde les images), j’ai beaucoup de mal. Du coup, je me suis fait quelques séries télé (en fractions d’épisode, entre un mal de tête et un petit somme).

J’ai la chance d’avoir une masseuse thaï exceptionnelle qui vient chez moi le mercredi, ça me détend complètement. Je dose les huiles en fonction de ma tolérance aux odeurs ce jour-là et je me laisse aller. Calme et volupté.

En général il y a un jours ou deux ou je m’énerve, je me plains, j’en ai marre, ras le bol… les gens autour de moi acquiescent, me soutiennent, me supportent aussi et font mine de rien. Merci à eux !

 2/ Hôpital (ex: contact avec infirmières / doc / aides soignants):

Réponse: Il faut avoir le cœur bien accroché, les médecins que j’ai rencontrés ici à Hong Kong sont excellents techniquement et académiquement mais n’ont aucune « bed side manner ». C’est comme si la maladie était indépendante de l’humain qui l’abrite… Et puis une femme en plus, il vaut mieux parler au mari ! Alors clairement ça, ça ne passe pas du tout avec moi ! J’ai appris à faire avec et à recadrer les choses régulièrement, à leur faire confiance mais aussi à ce qu’ils me fassent confiance eux aussi, pour que je comprenne, qu’on décide ensemble et qu’ils m’intègrent, moi l’être humain, dans le paysage ! Il faut savoir que culturellement, le médecin a toujours raison ici et on ne lui pose pas (trop) de questions. Leur plan d’attaque est contre la maladie au détriment parfois du malade (par exemple on ignore les effets secondaires, on n’en parle à peine, il faut souffrir pour vivre, il faut se taire et accepter). J’ai eu des conversations animées…. Mais comme je suis juriste, ils me craignent un peu et ont finalement un peu de respect pour moi aussi ! Le revers de tout ça, c’est qu’ils sont très cash. J’ai su dès le départ que mon radiologue «voyait quelque chose qui pourrait bien être mauvais et qu’il n’aimait pas ça », que « c’est donc cancéreux et il y a vraiment beaucoup de tumeurs, beaucoup plus que je [mon chirurgien] ne le pensais », qu’à un moment « mon niveau de potassium dans le sang était mortel », qu’il «faut vous hospitaliser immédiatement mais nous n’avons pas de lits libres en ce moment »,  « vous êtes fatiguée ? Ah bein c’est la vie après le cancer », etc. J’en ris presque maintenant….

Je dois saluer les infirmières, beaucoup ne parlent pas très bien anglais, mais elles sont adorables et plus humaines. Je leur fais des compliments tout le temps, elles n’ont pas l’habitude, histoire d’entretenir leur gentillesse et humanité. J’imagine que ça compense ! En particulier, je suis en contact direct quand je veux avec la chef infirmière de mon chirurgien, via WhatsApp. C’est facile, réconfortant et très utile ! 

3/ Medicine “parallèle” si tu as a fait (quelles disciplines, quels furent leurs bienfaits):

Réponse: Acuponcture, à fond (avec une femme géniale, docteur en médecine chinoise). Avant et après les chimios, mon arme absolue pour booster mon système immunitaire et pour aider mon foie et mes reins à tenir bon. Et plus selon les besoins du moment !

Séances de psy, toutes les semaines. Ma bouée, ma béquille, mon refuge et mon révélateur (de bonheur) !

Homéopathie en accompagnement. Pour continuer à récupérer mon énergie au fil des séances de chimio et pour équilibrer mes besoins en vitamines et autres.

Réflexologie. Parce que j’aime ça, que je suis en Asie et que si ça ne me fait pas de bien ça ne devrait pas me faire de mal.

Méditation de pleine conscience. Pas une médecine parallèle, mais une pratique (difficile pour moi qui suis plutôt dans le contrôle) qui me fait un bien fou.

 

Que faisais tu pour te changer les idées / te vider la tête (avant chimio , operation & co) ?

Réponse: On le sait bien, ce n’est pas facile de se changer les idées… donc j’ai pris le parti d’essayer de me faire plaisir et d’en être consciente. De remarquer les moments chouettes, agréables, drôles, heureux, doux ou juste paisibles. Du coup, le champ des possibles est vaste, boire un café avec une super copine, faire du shopping avec ma fille, discuter a bâtons rompus avec mon fils, diner en tête à tête avec mon homme, danser toute la nuit en buvant du champagne (et le payer très cher le lendemain), partir en ballade avec le chien, sortir en mer avec mon clan… et essayer de se coucher tôt la veille, d’y aller sereine en sachant que chaque étape me rapproche de la rémission…

 

Quelles astuces pratico-pratiques “bien être / beauté” peux tu nous conseiller ?

1/ Beauté – tes produits indispensables (ex: crèmes, vernis, cicatrices, huiles…) :

Réponse:  

  • Boire beaucoup beaucoup d’eau, s’hydrater de l’intérieur et à l’extérieur aussi bien sûr tous les jours (visage, corps, mains et pieds en particulier) et jus vert (smoothie fait maison) tous les matins, super pour le teint en plus de plein d’autres choses
  • Pour les cicatrices : huile Bi-Oil, crème Cicaplast (La Roche Posay), et masser, masser les cicatrices, surtout les cicatrices internes qui, dans mon cas, sont apparues petit à petit. Et pour celles qui comme moi ont des faux seins, masser les implants…
  • Pour la bonne mine : un produit miracle, cher mais top, « Tea to Tan » de By Terry, une eau colorée au thé… l’effet avant/après est dingue et super naturel, fini le teint gris chimio !
  • Pour les sourcils : un bon crayon marron et pas noir, appliqué délicatement et doublé d’une poudre a sourcils (toujours marron), en touches légères avec un pinceau/brosse spécial
  • Pour les cils : du mascara (noir pour moi) alors même qu’il me reste 5 cils et demi ! Ca marche sur moi, en tout cas ça fait illusion…
  • Pour les cils et les sourcils : sérum Prevage, Elizabeth Arden, ça les renforce et les protège (je l’utilise tous les jours et mes sourcils/cils se sont clairsemés plus tard que d’autres K-fighteuses)
  • Ongles : vernis opaque (mais pas nécessairement sombre) sur les ongles des mains et pieds, plusieurs couches, je m’amuse avec les couleurs
  • Un bon anti-cernes parce que ça fait une vraie différence !
  • Des huiles essentielles (à respirer et poser sur les poignets selon les envies)

2/ Look (ex: ton look préféré chimio, hosto, tous les jours pour te sentir bien):

Réponse: Vaste sujet…

Hosto : pour moi un pyjama c’est pour la nuit… alors la journée autant que possible (j’ai eu des « jours sans » tout de même), une chemise en coton un peu longue boutonnée devant (mieux pour les soins et les drains mais il faut parfois faire passer la perf dans la manche…) avec un legging (noir en général) et des tennis genre Vans. Et toujours une grosse écharpe/étole ou un grand gilet doudou bien chaud…

Chimio : je « m’habille » pour la chimio… oui je sais c’est frivole mais j’aime ça. J’essaie de penser à porter un top boutonné devant, c’est quand même plus commode pour l’accès au port.

Tous les jours : je « m’habille » (presque) tous les jours… La semaine chimio c’est plutôt chemise/T-shirt/leggings ou petite robe en coton jersey (il fait très chaud ici…). Et le reste du temps, je m’amuse (vraiment je m’amuse) avec ce que j’ai dans mon placard (qui est plein)… Sauf quand je vais au bureau, là c’est plus formel ! J’en suis même venue à créer des looks un peu dingues avec ce que j’ai ou que je trouve dans le placard de ma fille. Ca m’éclate… Je suis persuadée que cette futilité et cette frivolité qui ne me ressemblent pas vraiment me rendent « plus vivante » ou tout au moins me rattachent à la vie, à ma vie et me donnent la pêche, une liberté et une identité nouvelle en quelque sorte. En fait, ca me sort du K…

Accessoires : grandes boucles d’oreilles, encore une nouveauté pour moi, ça détourne l’attention et marche assez bien sur les chauves (surtout les filles)!

3/ Quotidien (ex: sport, nourriture & co, meditation, lecture…) :

Réponse:

  • Méditation, yoga, pilates, ballades toutes les semaines
  • J’adorerais pouvoir faire des siestes mais c’est pas vraiment mon truc. Ca m’arrive bien sûr et j’en suis ravie, mais plutôt rarement. Je me force donc à me reserver des « temps calmes » dans la journée. Lecture, films, coups de fil aux copines qui habitent loin, etc.
  • Coté lecture et films, ma meilleure amie à Paris a fait le tour des copains et leur a demandé quel était leur « feel good book » ou « feel good movie » preféré, elle a ensuite acheté les livres et les films et me les a apportés en personne entre l’opération et la chimio. Je suis gâtée…
  • J’ai changé mon alimentation pendant et après mon premier cancer, j’ai travaillé avec mon homéopathe et je me fie pas mal au bouquin de David Servan Schreiber « Anti-Cancer ». En gros je mange très peu de viande (et seulement bio), un peu de poisson, beaucoup de légumes, de fruits, des légumineuses, des graines, j’ai réduit les carb et je mange très varié. Pour les laitages, je suis passée aux fromages de chèvre ou de brebis, pareil pour les yaourts et je choisis plutôt du lait végétal mais j’en consomme très peu. J’évite les plats tout prêts, les farines et sucres raffinés, et j’essaie d’acheter « propre » autant que possible mais ce n’est pas toujours facile ici, Hong Kong c’est quand même la Chine ! Ca ne m’empêche pas de sortir, d’aimer manger, de faire des exceptions de temps en temps et j’écoute souvent mon instinct…
  • Je bois un peu de vin entre les traitements (et oui… mais du vin nature !) et je n’ai pas complètement arrêter de fumer (et oui…). Nul n’est parfait et surtout pas moi !
  • Je ne reste pas enfermée chez moi, sauf si c’est mon choix. Je prends l’air, déjeune avec des amis, je vais au bureau, je fais des courses…
  • Je travaille à mi-temps 2 semaines sur 3 (la troisième c’est la semaine chimio pendant laquelle je suis en arrêt), de chez moi (avec quelques passages au bureau de temps en temps). Ca aussi ça me rattache à la vie… Je ne suis pas forcement extrêmement efficace et j’en fais évidemment moins que d’habitude (quand je travaille à plein temps, voire a très plein temps) mais je garde un lien avec ma vie professionnelle. C’est important pour moi.

4/ Problème de cheveux (ex: portais tu une perruque, foulards , bonnets)

Réponse: Et la tête ? turbans principalement (pas de perruque, c’est pas mon truc et il fait bien trop chaud ici). Je porte en première couche un turban ou un petit bonnet tout doux en coton et par-dessus une longue écharpe rectangle ou une pièce de tissu wax nouée sur la tête, j’en ai des tas, et mon turban fait partie intégrante de ma tenue. Je le traite comme un accessoire et non comme une contrainte. Et puis de temps en temps je fais des expériences avec d’autres « couvre-chefs »… Si je sors « commando » (sans rien sur la tête), j’opte pour un look un peu plus rock et j’attends en général d’avoir retrouvé une tête normale après la chimio !

 

Etais tu soucieuse du regard des autres, avais tu peur que leur regard change ? Que faisais tu pour le contrer ?

Réponse: Oui bien sûr, surtout au début et j’étais surtout soucieuse du regard de ceux que j’aime… Je ne veux aucune pitié, aucune condescendance. Je suis la même, avec des faux seins, la boule a zéro et un gros chantier en cours : ma bataille contre le K… Mais je suis moi. J’ai éliminé la toxicité (il y a des gens que je ne vois plus et des fêtes, des diners ou des évènements auxquels je ne souhaite pas assister pour l’instant) et sans me forcer du tout j’ai mis à l’aise ceux qui comptent pour moi. Je fais beaucoup d’autodérision, c’est naturel, ça ne me coute pas et ça détend l’atmosphère (ça en met certains mal à l’aise, tant pis pour eux). J’explique les choses, parfois à demi-mots, parfois un peu crument, on rit, ou pas, et surtout on passe à autre chose fissa. Mes amis savent que quand ça ne va pas, je leur dis mais sinon on a beaucoup d’autres sujets de discussion et on ne va pas accorder à ce misérable K plus d’intérêt qu’il n’en mérite.

 

Quelles sont les phrases “pépites” / pieds dans le plat (dont tu te rappelles) qu’on a pu te dire pendant le K et qui auraient pu t’être évitées ?

Réponse:

  • “tu as vraiment de la chance d’avoir du temps pour toi”
  • “profites en pour réfléchir à ton avenir”
  • “alors la chimio, c’est comme tu l’avais imaginée?”
  • “ma mère a une amie qui a eu exactement la même chose que toi, après elle a eu une rechute dans les os et bon bein finalement elle est morte”
  • Mon chirurgien: “vous pouvez venir avec votre mari s’il vous plait?”
  • “tu nous as fait peur”
  • “il va falloir que tu comprennes pourquoi tu as chopé ca”
  • “je ne t’ai pas contactée pendant les traitements, j’attendais que tu ailles mieux”
  • “alors tu as vraiment eu un cancer?”
  • “être forte c’est la moitié du traitement”
  • “tu es sure que fumer c’est bon pour toi?”
  • “si tu grossis pas un peu, tu ne résisteras pas aux traitements”
  • “tu as super bonne mine, ça fait plaisir” ; le même, 2 semaines plus tard :“oh la la, tu as l’air en pleine forme, parce que vraiment la dernière fois t’avais pas bonne mine du tout”
  • dans mon dos, à 2 pas « t’es au courant pour Fred ? Ca craint, une rechute, c’est jamais bon”

 

Comment tes proches t’ont ils accompagné  ?

Réponse: Je pense que j’en ai déjà dit beaucoup sur le sujet. Je suis super bien entourée, de près et de loin. J’ai vécu en France, au Japon, en Angleterre et ici à Hong Kong, j’ai des amis, des vrais, partout et ils sont présents en ce moment. C’est super important pour moi, de pouvoir être bien avec eux, et qu’ils soient bien avec moi. De dédramatiser la situation. J’ai un cancer, je ne suis pas un cancer. J’ai appris à leur dire les choses un peu plus clairement, un peu plus directement, on gagne du temps, on évite les frustrations, et puis j’en profite, il faut bien que le K me donne quelques avantages ! Je sais que c’est une épreuve pour mon homme et mes petits, mais on garde le cap, on parle, on rit et on fait plein de choses ensemble. Mon fils m’a écrit qu’il a réalisé que c’était dur aussi d’être la personne qui soutient une personne dans le besoin. Je trouve ça chouette qu’il me le dise et il a tout à fait raison. Tous ces gens qui me soutiennent à leur façon, ceux qui me supportent, il va falloir que je les fête quand tout ça sera derrière !

 

Et quels seraient les conseils que tu pourrais donner aux proches qui accompagnent un K fighteur ?

Réponse: Etre à l’écoute, comprendre ou sentir ce qu’attend le K-fighteur (et souvent ça change), ne surtout pas lui renvoyer ses propres angoisses, éviter les formules toutes faites et les lieux communs, être « normal » et présent (en terme qualitatif plus que quantitatif), ne pas jeter l’éponge et suivre le combat jusqu’au bout et même après, leur préparer des petits repas, accepter leurs sautes d’humeur et même parfois leurs caprices, les faire rire et les aider dans leur quotidien.

Les aider à gérer « l’après », ce que j’appelle le « purgatoire », le trou noir. Ce moment juste après la fin des traitements ou souvent le K-fighteur se retrouve un peu seul, un peu vide… alors ça y est ? c’est fini ? je ne suis plus malade ? vraiment ? qu’est ce qui a changé par rapport à hier ? et comment ça se passe maintenant ? pourquoi plus personne ne s’intéresse à moi ? C’est un moment très délicat, le K-fighteur est épuisé, il/elle ne sait pas très bien comment les choses vont se passer. C’est un moment difficile, plein d’angoisses et d’interrogations. Le rôle des proches est super important, c’est un rôle de soutien aussi important que pendant les traitements… c’est presque une réinsertion…

Quand j’ai repris le travail après mon premier K, mes collègues n’arrêtaient pas de me demander si j’étais revenue à la normale. Je trouvais ça bizarre, ça m’a choqué. Clairement ils voulaient que je les rassure, oui je suis de retour à la normale… j’ai choisi de répondre autrement : « non je ne suis pas de retour à la normale, mais je m’en sors ». Ca m’a fait du bien et je crois que ça les a aidé aussi…

 

Te renseignes tu sur le K sur internet ?

Réponse: Pas vraiment… trop déprimant, trop négatif ou trop médical (sauf quelques blogs vraiment sympas, fins et justes comme The fighting Kit bien sûr !).

J’ai préféré prendre plusieurs opinions de médecins (en particulier en Europe).

 

Si oui, est ce que ça te fait du bien ?

Réponse: Au contraire !

 

Si oui, quels seraient les liens (internet) utiles qui t’ont aidé pendant le K ?

Réponse:

 

Qu’est ce que le K a changé dans ta vie ? Par exempl ta vision du monde, des priorités, de tes essentiels, ou dans ton travail, ta philosophie, et ton entourage ?

Réponse: Beaucoup de choses… et principalement en bien… même si j’ai rechuté et que j’ai vraiment l’impression comme beaucoup d’entre nous de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, je suis plus heureuse, plus sereine, plus vivante, plus libre que je ne l’ai jamais été. J’ai beaucoup moins de peurs qu’avant. Je me sens aussi plus légère, moins encombrée de bienséance et de conventions, plus moi, plus en phase avec ce que je veux et ce que je suis et moins attachée aux clichés, à ce que je pense qu’« on » attend de moi ou au regard des autres. Je me suis débarrassée de beaucoup de couches inutiles et encombrantes qui me polluaient. J’aimerais vivre très longtemps comme ça, c’est agréable, ça n’empêche pas de faire des compromis, mais consciemment, par choix. Je pense que je suis heureuse, j’ai beaucoup de chance.

 

Champs libre 😉 raconte nous ce que tu souhaites (qui ne se trouverait peut être pas dans mes questions) :

Réponse:

  • Groupe de soutien : un collègue m’a mis en contact avec sa femme, une ex-K-fighteuse. Nous nous sommes rencontrées, ça a bien accroché. Elle me dit faire partie d’un groupe de soutien composé de k-fighteuses et ex-k-fighteuses parlant anglais. J’ai hésité, je me suis dit que ce n’était pas vraiment pour moi, que je n’en n’avais pas besoin, que j’irais « après » pour aider les autres… J’ai fini par rejoindre le groupe pour un café, c’était fabuleux, on se comprenait, on parlait de la même chose, on s’échangeait des tuyaux et on a beaucoup ri. C’était il y a plus de 2 ans, j’essaie de participer à toutes les réunions, j’ai fait de très belles rencontres, j’ai été aidée et soutenue, j’ai aidé et soutenu. Précieux.
  • Mon compte instagram : j’ai créé un compte instagram (@LaFredTouch) où je poste mes looks, les normaux et les dingues, des photos de femmes portant le turban et d’autres choses encore reflétant mes humeurs du moment. Encore une fois, je n’aurais jamais imaginé faire ça… mais je m’amuse, ça m’amuse, et ça me relie á mon clan et à la vie. Je ne me force pas, je fais ce qui me plait !

 

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Si vous aussi vous souhaitez partager votre histoire envoyez nous un email à:  interview@thefightingkit.com.com

Plein de belles pensées positives.

A très vite.

Charlotte

3 commentaires

  • dominique1 mois ago

    répondre

    temoignage super emouvant de combativite !
    admiration extreme !
    bravo !

    • Frédérique1 mois ago

      répondre

      Merci infiniment, j’ai eu la chance dingue de continuer à voir le verre plein la majorité du temps, et ça, ça ne se programme pas ! Frederique

  • Sandrine4 semaines ago

    répondre

    Très beau témoignage, une très grande force. Tu as raison de voir le verre plein, c’est très positif. Une grande admiration pour toi, et courage pour la suite.

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